L’objectif de cette sortie était d’assister au début du procès de Florian Duplouis, jugé en cour d’assises pour tentative de meurtre aggravée par des motifs discriminatoires, notamment liés à la race, à l’ethnie ou à la religion. L’accusé est poursuivi pour avoir agressé violemment un homme algérien de 41 ans, dans un contexte qualifié par l’accusation de crime de haine.
Les faits :
L’accusé, Florian Duplouis, un homme de 33 ans, était poursuivi pour tentative de meurtre avec préméditation à caractère raciste envers Nagib Mebarki. La soirée du 3 au 4 mai 2024 qui selon l’accusé s’est déroulée dans une « bonne ambiance » a viré au drame au deuxième étage de l’hôtel F1 de Geispolsheim, transformé en hébergement d’urgence pour les personnes sans domicile fixe. Les deux hommes, la victime et l’accusé, avaient fait connaissance quelques jours plus tôt par l’intermédiaire d’un tiers, M. Marlier. Ce dernier fut également présent sur le lieu du crime, spectateur apeuré et impuissant face à la violence de l’acte, mais refusa de se présenter devant la cour ce lundi, par peur d’être envoyé à son tour en détention.
Cette nuit-là, aux alentours d’une heure, Florian Duplouis aurait porté un coup de cutter sur le côté droit du cou de M. Mebarki, grièvement blessé au niveau de la jugulaire, qui, sans l’intervention rapide des secours, aurait sans aucun doute succombé à la blessure infligée par M. Duplouis. L’accusé ayant tranquillement déserté les lieux pour aller se réfugier dans un parc à proximité a tenté d’appeler les secours et les forces de l’ordre, en avouant ouvertement « J’ai tué un arabe et je suis fier de moi ! ».
Après son interpellation, il aurait notamment déclaré devant les policiers « J’espère qu’il se vide de son sang, j’espère qu’il est mort. J’ai 31 ans, j’ai tué un arabe et je suis fier de moi ». Ces propos choquants ont été diffusés au moment du procès, rapportés par madame la procureure heurtant l’assemblée face à la violence de ces injures racistes et dénigrantes, notamment envers le président de la République. Ne s’arrêtant pas là, il avait notamment gravé dans sa cellule une « croix gammée » à l’aide d’un crucifix. De plus, une fois incarcéré, l’accusé porta atteinte au judaïsme, il cria à un de ses surveillants « Allume le four, faut faire cramer tous les juifs ! »
Après s’être montré plutôt coopératif au premier jour de son procès, Florian Duplouis a refusé de quitter la cellule le lendemain. Lui qui avait déclaré qu’il irait au procès « la tête haute », fut conduit de force dans la salle d’audience. Il fit usage de son droit au silence et resta comme la veille, impassible dans son box.
L’issue du procès :
La cour d’assises du Bas-Rhin a condamné Florian Duplouis multirécidiviste, 33 ans, à 18 ans de réclusion criminelle pour une tentative de meurtre aggravée par la circonstance raciste.
Réaction d’un élève : Ce matin-là, quand l’affaire a été présentée, j’ai tout de suite senti que ce n’était pas une audience comme les autres. J’ai été marqué dès les premières minutes, surtout parce que c’était la première fois de ma vie que j’assistais à une affaire réelle au tribunal. Pas une histoire racontée après coup, pas un documentaire : quelque chose qui se passait là, devant moi, avec des personnes bien réelles. L’ambiance, la gravité des faits, le silence dans la salle… tout rendait la situation lourde et impressionnante.
Au fil de la matinée, j’ai réalisé que je n’étais plus simplement spectateur par curiosité. Je me sentais concerné, presque happé par ce qui se jouait.
Le déroulé du procès :
Le face-à-face avec l'accusé
« Ce qui nous a frappés dès le début, c’est d'entendre l’accusé en premier. C'est un moment particulier : on essaie de capter ses émotions, sa façon de parler et sa version des faits. Juste après, une psychologue est intervenue pour expliquer son caractère et son passé. C’était fascinant mais aussi un peu troublant de voir comment on décortique la vie de quelqu’un pour essayer de comprendre son passage à l’acte.
La réalité brutale des images :
Le moment le plus dur de la journée, c’est quand le chef de la police chargé de l’enquête a pris la parole. Il a projeté les photos policières et les vidéos des caméras piétonnes. Là, le silence dans la salle était total. Voir la réalité du terrain à travers les yeux des policiers, ça nous a mis un gros coup. C’est là qu’on réalise que derrière les dossiers qu’on étudie, il y a des faits réels et très violents.
Ce qu’on a ressenti :
On est ressortis de là avec le cœur un peu lourd. Les émotions étaient fortes tout au long de la journée. À la sortie du tribunal, les discussions sont sobres, parfois inexistantes. Les visages sont fermés, les voix basses. Pourtant, malgré le choc, beaucoup reconnaissent l’importance de cette expérience. Elle a suscité des questionnements profonds sur la société, la violence, et le rôle de la justice. Pour ces lycéens, cette première immersion restera comme un moment marquant, à la fois dérangeant et formateur.
Article rédigé par les élèves de l'option DGEMC (Droit et grands enjeux du monde contemporain).
Sortie organisée par Mme Biret, professeure d'histoire. Accompagnateurs : M. Gantzer, professeur d'histoire, M. Schwoerer, documentaliste.