Les élèves de l’atelier théâtre du lycée Leclerc ont présenté mardi et mercredi 5 et 6 mai « Le Dragon » d’après Evgueni Schwartz sur la scène de l’Espace Rohan. Le souffle de cet animal fantastique résonne fortement dans l’actualité.
Spectacle de deux heures, en trois actes et autant de décors, « Le Dragon » est une pièce d’Evgueni Schwartz, écrivain russe de la période stalinienne. Les 25 jeunes ont servi avec justesse et une belle énergie ce conte, satire du fascisme. Sous la conduite de Paul Schirck, de la compagnie l’Armoise commune et de leur professeure Sabine Niess, ils ont tenu le pari d’assurer un spectacle à part entière, se fondant en une belle harmonie, avec une touche de musique live.
Les élèves de la spécialité arts plastiques du professeur Eric Kern ont participé à l’ouvrage, apportant une touche d’originalité à ce spectacle. Dans cette féerie satirique dans laquelle les hommes parlent de leurs expériences et de leurs rêves, apparaît la figure du chevalier Lancelot. Errant des temps modernes et justicier, il découvre une ville qui vit depuis 400 ans sous le joug d'un horrible dragon à trois têtes. Vite dit, vite fait, il combattra le vil dragon pour rendre la liberté à ce pays. Or ce dragon n'était pas la principale source de servitude…
Dans sa mise en scène, Paul Schirck a ajouté un prologue présenté par trois jeunes devant le rideau. Il se concluait par : « La question n’est pas ’’qui est le Dragon ?’’ La question est : ’’que faisons-nous, ici et maintenant, pour qu’il ne règne plus jamais ?’’ Nous n’avons qu’une seule et ultime requête : Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge. »
Ainsi le souffle de ce « Dragon » résonnait en force avec l’actualité, celle des combats ici et là contre l’oppression, la tyrannie, qu’elle soit externe ou interne à un système, jusque dans la vie quotidienne, au travail, voire intrafamiliale. « Le Dragon a compris quelque chose d’essentiel : il est plus efficace quand il n’a plus besoin de battre des ailes. Quand chacun devient son petit relais, son petit garde intérieur. Le Dragon, ce n’est pas seulement une bête, c’est un système. Il se nourrit de notre fatigue, de notre résignation, de notre envie de survivre plutôt que de vivre. »
L’originalité de cette entreprise théâtrale repose sur un travail collectif et individuel, en forgeant des compétences d’expression, de savoir être et de savoir-faire. Chacune et chacun y a trouvé cette confiance en soi, nécessaire pour progresser. Tous les registres du jeu ont été explorés, du port du masque (le chat et l’âne) à l’interprétation successive des dragons, ainsi que tous les autres personnages. Du drame au comique de situation, du simple figurant comme garde aux rôles soutenus, tous les élèves ont tiré leur épingle du jeu pour s’affirmer par leur présence, parfois discrète mais toujours avec conviction et en habitant leurs rôles.
Bref, ce spectacle a passé la rampe et les deux heures ont filé sans temps mort.