Les projets autour du journalisme

Les projets autour du journalisme

Deux voix pour comprendre le monde du journalisme : plongée dans nos rencontres d'HGGSP

Un article rédigé par Clémence Presle, élève.

 

Il y a des cours qui ressemblent à n'importe quel autre, et puis il y a ceux où le réel entre dans la salle de classe. En avril, dans le cadre du cours d'HGGSP de Mme Biret, deux trajectoires que tout oppose – ou presque – sont venues éclairer ce que signifie être journaliste aujourd'hui. D'un côté, Ella Peyron, jeune étudiante en école de journalisme, une profession en pleine mutation. De l'autre Ghys Fortuné Bemba Dombe, journaliste congolais exilé en France, dont la vie raconte, à elle seule, le prix parois terrible de la liberté d'informer.

 

Ella Peyron : le journalisme de l'intérieur

 

Ella Peyron est une étudiante en journalisme. Elle a d'abord fait une licence d'Histoire à la fac de Lille et est actuellement en 1ère année de journalisme. Ella nous a expliqué le quotidien d'un journaliste. Les journalistes se rejoignent chaque matin pour passer en revue les sujets potentiels : que faut-il couvrir aujourd'hui ? Qu'est-ce qui mérite d'être vérifié, creusé, expliqué ? Une fois le sujet choisi, le journaliste se lance dans la chasse à l'information : appels, recherches, interviews, parfois déplacements sur le terrain pour décrocher l'inédit.

 

Elle nous a également parlé d'un aspect moins connu : la pige. Un système où un journaliste indépendant propose un article à un média qui le paie s'il vaut publier l'article.

 

Bien-sûr, impossible d'échapper à la question du moment : l'intelligence artificielle. Selon Ella, l'IA peut être une aide précieuse, notamment pour gagner du temps. Mais elle a aussi insisté sur le danger : une image truquée peut aujourd'hui sembler plus vraie que la réalité. Et au cœur de ces mutations, une question s'est imposée : un jour, l'IA remplacera-t-elle les journalistes ? Sa réponse était rassurante : un journaliste, ce n'est pas seulement quelqu'un qui écrit, mais quelqu'un qui vérifie, doute, enquête. En somme, quelqu'un qui assume une responsabilité humaine.

Enfin, nous avons discuté de la manière dont les jeunes s'informent. Peu lisent la presse ou regardent le journal télévisé ; la majorité passe par les réseaux sociaux. Entre deux scrolls, ce sont des formats courts – ceux de TF1 Info, Brut, ou surtout Hugo Décrypte – qui façonnent les opinions. Une révolution qui obligé le journalisme à se réinventer.

 

Ghys Fortuné Bemba Dombe : le courage de dire la vérité

 

Si Ella a montré le journalisme tel qu'on le pratique en France, Ghys Fortuné Demba Dombe, lui, nous a rappelé que ce même métier peut être une question de vie ou de mort ailleurs.

 

Originaire du Congo-Brazzavielle, il décrit son pays d'une expression qui en dit long : une « démocrature », c'est-à-dire une dictature qui se déguise en démocratie. Là-bas, informer n'est pas seulement un travail : c'est un acte de résistance. Ghys Fortuné l'a appris à ses dépens. Après avoir publié un article critique envers le président Denis Sassou Nguesso suite à une visite avortée aux Etats-Unis, les représailles ont été immédiates.

 

Arrestations, tortures, allers-retours en prison... jusqu'au pire : en 2017, il est enfermé dans ce qu'il appelle « l'isoloir ». Un lieu où il n'était nourri que deux fois par semaine, où il dormait dans le noir, sur le sol, entouré de rats et de cafards. Dix-neuf mois dans ces conditions.

 

Il finit par fuir en 2018, grâce à l'aide de « Reporter sans frontières » et rejoint la France. Ici, il continue à écrire à la pige. Ici aussi, il a été attaqué – poignardé dans le métro parisien pour des raisons qui restent floues. Pourtant, il affirme vouloir retourner au Congo pour continuer son combat.

Avant de partir, il m'a offert un livre. Un geste simple, mais lourd de sens : transmettre encore et toujours.

 

Ce que ces deux rencontres nous ont appris

 

En sortant de ces rencontres, quelque chose restait suspendu dans l'air : une idée du journalisme qui n'a rien de théorique. D'un côté, un métier qui évolue, se bouscule, s'adapte à l'ère numérique. De l'autre, un métier, qui peut encore déranger au point de devenir une menace pour ceux qui le pratiquent.

 

Deux journalistes, deux parcours, deux mondes.

Une même mission : informer

Clémence Presle